CHAPITRE 1
Comme chaque matin après le réveil difficile, elle sortait du métro strasbourg saint denis, d’un pas vif et de ceux que ne veulent pas être en retard.
Comme chaque matin ces mêmes gens l’air tout endormi de la fournée 8h45, ceux qui comptent les jours de la semaine, les minutes, les secondes et qui se disent, non qui ne se le disent pas, qui automatisés, robotisés foncent vers la routine professionnelle.
Ce qui est bien à strasbourg saint denis c’est que l’on croise des gens de tous les genres.
Le pakistanais trop fière d’avoir pu faire refaire sa boutiquette de foulards et de bagues fantaisie coincées entre deux parapluies. Celui qui a l’air gentille à qui on jette ou pas, un regard.
Des pseudos commerciaux de coiffeurs africains avoisinant, qui te demandent chaque jour si tu veux te faire faire des tresses, bien qu’ils aient vu depuis bien des jours que tu as un carré raide bien effilé.
Des pétasses de la rue saint denis où putes et vendeuses de fringues de grossistes contraintes de bon matin pour l’inventaire, aspergées d’Angel, toutes les mêmes, se croisent et se décroisent comme si elles ne faisaient qu’une…
Des turcs, vendeurs de kebab qui regagnent la rue du faubourg saint denis où pietinnent les camions réfrigérés plein d’abats, de moutons dépeaussés et d’autres genres de bouts de bêtes mortes qui finiront dans ces restaurants qui ne ressemblent pas vraiment à des restaurants…
Des indiens de pure souche arrivés là on se demande comment, qui viennent chercher la chaleur de leur diaspora passage brady, où tous les restaurants, ceux là ont l’air de vrais restaurants scintillants, diffusent leurs parfums, mixe d’encens en tout genre et du nane qui cuit.
Des chinois chez qui on ne va pas, commerçants en tout genre mais dont la spécialité reconnue est la nourriture avariée.
Ce restaurant top kitch dépaysement, délice insulaire tropical, le mauricien chez qui on aime aller.
Et puis, il y a le gentille fleuriste tunisien entre l’indien, le chinois, les turcs et le mauricien, où on aime s’arrêter lors des occasions à fleurir, « le jardin d’hammamet », un petit jardin au milieu du bitume.
En face, les deux primeurs saint denis chacun à l’angle respectif de la rue de metz et de l’échiquier qui se tirent la concurrence, à celui qui mettra en avant sur l’étalage les plus beaux fruits exotiques.
En fait, tout cela est très exotique.
Et au milieu, il y a Carole allias Jade. Jade c’est son nom de scène, de vendeuse de rêve, ça tombe bien c’est exotique.
Jade est vendeuse de rêve dans un autre registre que ses voisines de la rue saint denis, elle vend des voyages, on pourrait dire agent de voyages, mais pas vraiment car elle n’est pas en agence.
Elle travaille sur une centrale d’appels appelé call center par sa start up de voyages dégriffés sur internet.
Lorsqu’elle est arrivée il y a trois ans, il y avait déjà une Carole, c’est logique c’est plutôt commun, il a fallu changer, Jade, elle trouvait ça assez joli et facile à retenir pour les clients.
Elle aurait bien pris Tina, mais c’était déjà pris et finalement Jade ça faisait plus exotique.
C’est bien Jade et c’est court à dire.
C’est ce qu’elle s’était dit sans savoir qu’elle devrait en haute saison, le dire et redire plus de cent fois par jour.
Aujourd’hui, elle déteste.
C’est pourtant elle toute la journée.
Le soir elle redevient Carole pour les intimes et c’est déjà ça.
Ce n’est qu’un travail.
Donc tous les matins Carole sort à strasbourg saint denis, prend la rue du faubourg du même nom, croise des gens en tout genre, détourne le regard des camions réfrigérés entre ouverts, fixe son regard à l’horizon sur le jardin d’hammamet, garde un peu dans ses narines le mélange de ce fameux parfum de pétasses, des tournes broches de vendeurs de kebab et de l’encens du vendeur de parapluies en station, prend la rue de l’echiquier, prend une effluve de melon trop mure, passe devant le supermarché chinois où on ne rentre pas mais dont on garde l’odeur du poisson cru pourtant pas frais, pour enfin arriver au call center du rêve.
6 minutes en se dépêchant, le temps de la clope allumée en bas des escaliers du métro jusqu’à cette double porte du bureau : 21, rue de l’ échiquier.
Chaque matin, Jade, oui sortie du métro c’est bien Jade ( Carole l’attend à la maison ) s’allume sa clope sans y penser de façon automatique.
Elle dépasse de la même manche droite de sa veste telle un baguette magique brandit qui a le pouvoir de masquer légèrement les odeurs pas des plus agréables a jeun, mais surtout celui qui donne un peu de force et de courage d’une nouvelle pareille journée.
Ça fait 55 minutes qu’elle a claqué sa porte, déposé boubou chez la nourrice, couru après le bus, chopé le métro, monté deux par deux les marches de la correspondance à montparnasse, puis celles de la station exotique, traverser le quartier qui pu.
8h 57, elle a ce sentiment d’avoir fait un marathon pour enfin logguer son téléphone, allias mouchard à 8h 58 min, allumer son ordinateur, jeté des bonjours à ses collègues dans le même état sportif qu’elle et ça y est il est 9h0.0. .
C’est l’heure du premier appel pour le rêve.
Il y a trois ans, quand elle a commencé ce métier, elle se demandait quels genres d’appels elle allait avoir, quelles belles ventes elle allait faire.
Voyages de noces à l’ile maurice ? séjour Tunisie pas cher pour étudiants fauchés ? Circuits culturels en Thailande ? extension balnéaire ou pas ? Week end à Londres, à Prague ?
Aujourd’hui c’est sure, elle ne se pose plus la question…
Elle est comme tous ces gens qui se disent que pour être Carole, que pour avoir une vie, il faut travailler. Il y a trois ans, elle pensait que le travail était la vie, une vie de voyages, de rêve.
Dans sa cloison qui la sépare de ses collègues, cloison pour préserver du bruit, Jade enchaîne les appels et vend par habitude.
Elle s’est fait une jolie cage placardée de photos découpées dans des brochures de rêves et quelques cartes bien kitches d’hôtels envoyées par de rares clients reconnaissants.
Et comme c’est rare et que c’est gentille on les met bien en évidence.
Vendre de l’exotisme en tout genre dans ce quartier exotique en tout genre avec un prénom exotique. C’est ça, le quotidien de Jade.
Elle n’aurait pourtant jamais pu croire tomber dans cette routine, de tous ces mêmes gens.
Elle fait tout, pour ne pas montrer son ras le bol de la répétition, comme pour s’en convaincre.
Et pourtant, elle en a ras le bol. Marre de cette toujours même journée comme tous ces mêmes gens.
Jade est bien aimée, dynamique, volontaire, avenante, elle fait partie des rares meubles qui ont une âme. Personne ne soupçonnerait qu’elle puisse en avoir marre.
Le faux semblant, elle y arrive, et bien.
Issue d’une famille d’originaux, papa musicien, compositeur perse à la longue barbe, maman fanatique de l’asie et du proche orient, proche de l’acquisition boudhiste, Carole a été baladé aux quatre coins du monde et à eu le droit a cette éducation non conformiste. Seul son prénom le fût curieusement, peut être que finalement c’était pour contrer une originalité trop prédominante…
Baignée dans ce mélange sucré-salé, elle a appris à relativiser et a compris rapidement qu’il ne faudrait pas se plaindre, qu’il y a des gens, comme elle a pu le voir avec ses yeux fragiles d’enfant lors de ses fréquents voyages en asie, qui n’avaient pas la chance qu’elle a.
Une bonne et compatissante nature.
Enfin, elle a beau relativiser, une chose est sure, son corps lui dit, elle est fatiguée.
Fatiguée de son quotidien, auquel elle pensait échapper…Fatiguée de faire comme si tout va bien !
Parfois, elle se dit qu’elle devrait tout plaquer, des pulsions d’un profond désir de changements et pourtant, elle continue.
C’est bien là l’une des caractéristiques de Carole : l’incohérence.
L’incohérence est un lourd fardaud.
Vouloir une chose plus que tout un jour et son contraire le lendemain.
Passer de tout à rien, d’une envolée de sentiments à une absence totale de désir.
Elle le sait bien, tout en elle est incohérent, hors mis son pseudo exotique adéquat a son travail.
Elle passe du cd des red hot à celui de David Charvet, de Jamiroquai à Jean Louis Aubert, ça encore ça peut aller… de Muse à Renaud… de Rimbaud à la fille de Levy.
Alors, comme elle le sait, elle masque et donne l’air d’une fille fidèle à une bonne humeur quotidienne, bien dans ses converses.
Elle essaye de se dire que c’est une sacrée force et non un fardaud.
Elle aime à penser que cela est une facilité à tout aimer, à aimer de tout, une sorte de goût pour la variété.
Dans le fond, elle le sait bien qu’elle est paumée et qu’elle a un problème d’identité.
Tout cela relève bien cela.
Elle assorti ses chaussettes, a son tee shirt, ses boucles à ses bracelets, relève tout les challenges de cohésion et d’assortiment pour une apparence bien cohérente, bien conforme.
Jade a tout d’une jeune fille bien sous tout rapport, communicative vers qui on aime aller.
CHAPITRE 2
Comme pour se trouver une part d’identité, elle a vite eu l’envie d’un enfant.
Il a aujourd’hui un peu plus deux ans et il s’appelle Arthur.
Et comme pour tout, ça a été tout une histoire à la quête du conformisme finalement ratée.
Par envolée de sentiments et avec sa facilité à croire dans les jolies choses, elle a rencontrée un jeune homme qu’elle a aimé spontanément à la folie, tout de suite, en se rappelant simplement que « le cœur a sa raison que la raison ignore » et que c’est bon !
Rapidement, bébé est arrivé, non pas un accident, pas une incohérence, elle a voulu ; il a cru vouloir, elle a cru qu’il voulait.
Ce bébé, il était là, pas par hasard, mais très vite, elle s’est retrouvée seule plaquée par le jeune homme, pourtant pas trop jeune, qui voyant le jeu transformé en vie, en toute une vie, a fuit. Oui, ça arrive trop souvent… et l’histoire s’arrête tristement là.
Pas là.
Après avoir été torturée par la mère de celui ci, par l’entourage commun d’amis qui n’en étaient pas, enfin à lui si toujours ( tant mieux pour elle ) pour qu’elle cède à la pression pour qu’elle ne le garde pas, elle l’a gardé.
Il était en elle, elle l’aimait déjà, elle pouvait, elle devait, c’était inné, comme l’ai la nature.
Forte envers et contre tous, pleine d’espoir quant à un revirement d’un retour pour une vie juste normale, conforme cette fois, elle le voulait, mais décidemment, le conformisme ce n’est pas fait pour elle et c’est la faute à pas de chance.
Le jeune papa fugueur est parti avec un copain à Nouméa, après l’avoir plaqué, se fût le tour de la golf bleu nuit, du deux pièces cosi, partir le plus loin possible, aller simple, pas de contrainte !
Elle encaissa, pas le choix et cette force du relativisme l’aida, se concentra sur son bide grossissant, appris que ça serait un garçon, le prénommera Barthélemy, se fera appelé Barth, c’est mignon et anticonformiste Barth ! et continua a espérer un retour.
Carole devenait maman et ce n’était pas rien !
Jade se déchargée de ses chagrins en y mettant la forme auprès de ces gentilles collègues.
Elle ne pouvait cette fois endosser l’habit conformiste…
Son volontariat et sa bonne santé, venait masquer cette faiblesse, alors finalement ça passait bien et tout le monde la soutenait en lui disant qu’il reviendrait, qu’elle ne mérité pas cela.
Fidèle et loyale petit soldat !
Il est en effet revenu un mois et demi avant l’accouchement, s’est fait très facilement pardonné, tout ça à cause de la quête au conformisme, il avait d’un coup comme elle, une envolée de sentiments, de promesses et de désirs.
Et là encore elle a du changer de prénom !
C’est vrai que Barthélemy c’est pas forcément facile à porter, il aimait Arthur, elle aussi finalement, comme un hommage à son poète fétiche, mais elle aurait tout aimé pour arriver à la vie conforme d’un papa, d’une maman et d’un bébé sans présage d’un nuage.
Arthur est arrivé dans un noyau familial rafistolé en urgence, presque parfaitement consolidé, le presque en hommage cette fois à un lourd passé destructeur, qu’il fallait oublié par conformité toujours.
Elle n’est de toute façon pas rancunière, tout allé pour le mieux et tous les deux voulait offrir le plus beau des mondes à ce petit trésor naissant.
Toutes les chances d’une vraie belle vie.
C’est le côté idéaliste de Carole. Certains disent qu’elle est naïve.
Arthur arrivé, maman s’est trouvée, papa s’est rebarré.
Quatre mois, mais au moins elle aura tout fait pour tenter la vraie vie. Il y a toujours un risque, dit on.
Arthur devient centre de tout.
Il a un papa et ça c’est une victoire ! Loupé le conformisme mais bon !
L’épisode du tribunal passé, ça va.
Après avoir compris que la France est régi par des drôles de lois en terme de droit de la famille et n’ayant pas le choix de l’anticonformiste loyal, papa a tous ses pleins droit, peu importe l’âge du bébé. 1e, 3,e 5 e week end de chaque mois, moitié des petites et grandes vacances scolaires, calqué sur un schémas d’un enfant scolarisé, et le soir en semaine tous les dix jours…
Reste la chagrin de Carole, dont tout le monde se fou, qu’aucun juge ne pourra aider a atténuer, et la rage au ventre vicerale d’être séparée de son bébé.
Maintenant ça va, Arthur grandit, papa assure, maman vit dans le conformisme de toutes les familles hors normes.
On fini par se faire à tout, et tout passerai si aujourd’hui le papa acceptait que l’enfant porte aussi le nom de Carole, comme la loi l’autorise.
Une loi pour les femmes, tu parles une loi régi par des hommes dans un pays d’hommes où c’est finalement les hommes qui donnent le dernier verdict décisionnaire.
Pourtant ça l’aiderai bien Carole dans sa continuité de quête à son identité et à enfin faire table rase d’un injuste passé.
C’est ainsi, et elle ne perd pas espoir de convaincre ce macho, appartenant à un clan où aucune intrusion n’est possible.
Arthur va bien.
Carole va bien.
C’est une vraie belle vie, d’une maman et de son petit garçon.
CHAPITRE 3
Elle se rappelle que déjà toute petite elle était en quête de cette vraie vie, être une vraie, pas vrai, c’est très différent.
Elle rêvait de parents costards, qui rouleraient en volvo break, avec des frères et sœurs bruyants, un gros chien bien toiletté.
Sa mère à elle, roulait en 4L verte pomme, autocollée de partout, on y jeté les sacs de courses sur le siège arrière, tout un bordel, les cassettes éventrées trainaient, les miettes des pains au chocolat s’empilaient, tout comme les brochures qu’on promené d’un salon à un autre pour les conférences de maman.
Carole, que maman appelé Nanou, et papa Babouli, avait une admiration pour ces vraies belles familles, qui organisaient leur coffre sur les parkings des grands surfaces où elle allait rarement.
Maman, s’organisait pour qu’elle ne passe pas ses samedis aprems embouteillés, enfermés à carrefour.
Le samedi, il y avait cours de piano, plus ludique, et escapade dans la forêt la moins polluée pas trop loin de paris pour se réoxygéner.
La honte la 4L à la sortie de l’école le samedi midi.
Pour les vacances, maman l’emmené en Inde, au Népal, en Thailande ou au Yémen…
Elle rêvait de vacances tranquilles chez une grand mère à la Baule ou au club med comme elle avait vu dans les bronzés.
Pour les prochaines vacances scolaires de février ça sera l’Iran, maman veut faire connaître la destination aux voyageurs français, il faut qu’elle parte en repérage et comme c’est le second pays de Carole, c’est une chance inouie pour connaître.
Elle lui parla des plus belles mosquées au monde, de la gentillesse des gens, des hôtels, de l’itinéraire, ne pu s’empêcher de faire un cours d’histoire sur Alexandre le Grand, les ariens, Sheerazad, les sites classés en héritage d’une merveilleuse épopée…
Sa mère n’arrêtait pas de s’émerveiller de ce très original projet de vacances.
Elle, elle était dégoûtée, toutes ses copines partaient au ski et allé rentrer toute bronzée avec de jolies traces de lunettes, haut signe se snobisme dans les cours de récré début mars…
Elle ne voulait pas dire à ses copine où elle allait, c’était impossible, la honte !
Elle avait 13 ans, « jamais sans ma fille » venait de faire carton plein, les préjugés hantés tout le monde, c’était sure et perdu d’avance pour le snobisme. Impossible de craner.
Alors, il y avait une solution, l’autobronzant, calqué sur des lunettes, faire le plus vrai possible, et inventer des amis de la famille ( pas grande mais ça à cet âge là on s’en invente une grande aussi sans scrupule) qui aurait une location Pierre et vacances, elle avait entendu ça une fois, dans une station méconnue pour être sure 1/ que ça ferait classe et 2/ que personne dans la classe n’y allé la deuxième semaine… elle ouvrit aussi tôt un atlas, trouva le détail des stations des alpes, demanda a tout le monde où il partait, « alpe d’huez », « tignes », « Valmorel », « Isola 2000 », et décida Courchevel, elle savait pas que c’était classe Courchevel, mais elle l’espérait et ça tombé plutôt bien !
Tout cela était parfaitement conformiste ! il restait plus qu’un léger détail a régler et tout serait parfait ! il fallait prévenir la prof de français, mot de la mère a l’appui, qu’elle raterai la redac sur table de la première matinée de la rentrée, l’heure d’atterrissage ne le permettant pas.
Elle était brillante cette prof, Carole l’admirait, elle était classe, gentille, et comme le français était sa matière préférée et qu’elle excellait la prof l’adorait aussi, bref, ça allé être facile.
Et comme elle était sympa et aspiré la confiance, a elle, elle allé lui dire la vérité, la mettre dans la confidence.
Lorsque Carole dit a Mme Proust que sa mère l’emmené en Iran, ce fût une femme au visage effarouché que Carole découvrit, jamais vu comme ça jusque là, la sympathique prof !
Elle compris qu’elle allé avoir droit à un tas de question et elle ne l’avait pas envisagé venant d’elle.
Elle compris bien, « mais ta mère est folle, elle a lu jamais sans ma fille ! c’est un pays de fanatiques ! j’espère bien te revoir ! elle ne devrait pas t’y emmené et ferai mieux de te faire prendre un bon bol d’air pur à la montagne ! J’ai bien noté ton absence justifiée, fais attention à toi ! »
Heureusement Carole eu le temps de lui dire qu’elle ne l’avait dit et à personne, et la prof semblait comprendre, de toute façon, elle n’avait plus le temps d’en parler… ouf ! la fin des cours c’était maintenant !
Carole rentra chez elle, trouva sa mère sortie plus tôt que d’habitude en train de potasser des tonnes de guides qui avaient l’air aussi vieux que Persepolis ! ça devait pas courir toutes les librairies des guides touristiques sur l’Iran…
Sa mère n’arrêtait pas de lui demander si elle était contente, tant cela se devait se voir…
Et chaque jour, Carole avait le droit au décompte des jours… « plus que 2 jours et on prend l’avion !! t’es contente ? » Elle pensait à ses copines, en bande à l’alpe d’huez… comme ça devait être bien !
Le jour fût arrivé, Carole prépara son sac, un joli petit foulard fushia à porté de main, à enfiler à l’embarquement iran air, et elle avait été acheté en cachette un autobronzant qu’il ne fallait pas oublié de glisser dans le sac à dos avec les lunettes ! elle mettrait sa mère dans le coup sur place, ça prend vite l’autobronzant, elle trouverait le temps.
Le jour arrivé, elle était contente de prendre l’avion et de partir avec sa mère.
La prof de français, pourtant modèle d’intelligence avait bien réussi à lui faire peur, une petite boule dans la gorge à l’embarquement, mais rassurée de ne pas avoir oublié l’autobronzant et les lunettes.
Elle parla moins que d’habitude dans l’avion, mangea pas grand chose, ne craqua même pas pour un jus de tomate, icône habituel des voyages… et il ne fallait mieux pas, car arrivée à l’aéroport de Téhéran en plein appel à la prière tous hauts parleur activés, la boule se propulsa de sa gorge entraînant avec elle tout les restes de l’angoisse.
Ça y est elle y était, ça mère à ses côtés, le voyage pouvait commencé, elle était libérée.
Elle découvrit un pays magnifique, des gens adorables qui lui offrait des pistaches et des patisseries bien généreuses à chaque coin de rue, les mosquées aux dôme argenté, bleu, or, je voulait bien croire ma mère pour les « plus belles du monde », des sites incroyables, des montagnes ( bon elle avouera plus tard que les montagnes ça lui filé le cafard, impossible de ne pas penser aux copines au ski ) une végétation qui sent bon l’air des vacances, et puis les femmes, elles étaient pas toutes comme celles qu’on lui avait montré à la télé, certaines avaient des jeans et des foulards verts, bleu, fushia comme elle ! un vrai pays de couleurs !
Une fois conquise et ayant exprimé son approbation d’une telle idée de vacances à sa mère, il fallait abordé l’autobronzant, il ne restait plus que 3 jours avant la rentrée, ça devenait ultra urgent pour gratter une semaine de soleil des 3 vallées !
Sa mère sembla comprendre et dans la foulée Carole raconta la stupide et inculte ( maintenant elle pouvait en juger ) réaction de la prof de français.
« Un jour maman, je leur dirai que j’ai été en Iran, mais pas maintenant, hein,… j’ai été chez des amis de la famille, tu diras une tante si on te demande, à Courchevel » .
Ouf ! c’est bon, pas de polémique, sauvée !
La seule chose qu’elle rajouta fût « elle est nulle ta prof, je croyais que tu l’adorai,
arrêtes de te mettre ce truc, tu es toute orange… c’est horrible et pas naturel »
le truc qu’il ne fallait surtout pas dire !
Carole répliqua « ah bon, ça fait pas vrai, ça fait pas ski, et la trace elle se voit bien ? pourvu que je soie plus bronzée que toute ses craneuses pour rien ! »
La discussion du vol retour fût profonde et elles se rappela toutes deux les anecdotes de leur voyage secret. Carole savait qu’elle ne pourrait racontait tout cela et elle se demandait si elle arriverai a tenir sa langue longtemps, ça allé être dur, en plus il fallait maintenant se mettre sur le registre Courchevel…dur dur, elle leur dirait qu’il a fait super beau, pourvu que ça soit vrai, elle n’y avait même pas pensé … nouvelle crise d’angoisse, le retour était beaucoup plus dur finalement que l’arrivée à Téhéran… il fallait trouver des histoires de chutes, de train de nuit, de rencontres, de piste noire, de médaille, de patinoire… l’horreur !
Dans sa tête elle était une belle et vraie Iranienne, et ne remercierai jamais assez sa mère de lui avoir fait découvrir un tel pays en avant première.
Le cafard de l’aéroport, la pluie a Roissy, les valises qu’on préfèrerait ne pas avoir a récupérer, le souvenir des visages de ses gens ultra généreux encore visibles yeux fermés, l’envie soudaine d’avoir les photos tout de suite, l’odeur monoi de l’autobronzant, les livres de maths, la recherche des histoires du ski, revoir le visage de cette stupide prof de français qui ne pourra s’empêcher de l’interpellé à la fin du cours pour faire sa mégère, les mêmes têtes toutes lunettées, c’est bon elle y été l’âme en peine.
Dans la cour, elles étaient toutes là, endossées dans leur mêmes doudounes Chevignon, avec les marques des lunettes, les forfait de ski encore pendus comme un trophée à garder pour prouver que c’était bien leur photo sur ce forfait Alpe d’huez…
Bon il lui manquait cette preuve à Carole, mais le reste c’était bon, ça allé aller, il le fallait.
Elle était en effet très très orange par rapport aux autres, mais elle avait gagné deux jours de plus, elles étaient toute rentrées samedi, et elle elle sortait directement du train couchette, 2 jours ça peu tout changer…
-« Alors, t’es vachement bronzée, t’étais où déjà ? » ,
-« A Courchevel, c’était génial, j’ai eu ma fléchette, il y avait des potes de mon grand cousin, complètement craquants les mecs, la location elle était top, au pied des pistes, l’éclate totale, dégoûtée d’être là ! »
-« Ah bon… t’as eu beau temps ? tout le temps ?
-« Oui quasiment, parfois d’une vallée à une autre ça peut changer un peu… et la prof de français elle a rien dit pour mon absence à la redac ? » pourvu que non…
-« Non, non, alors les copains de ton cousin…raconte.. »
-« plus tard, j’ai pas grand chose à raconter de toute façon, c’était bien, patinoire, ciné… , bon on y va… »
-« tu l’as eu en combien de temps ta fléchette ? » l’angoisse, aucune idée du temps qu ‘il faut faire.. je vais me faire avoir, ah non c’est trop nulle, faire distraction…
-« Et vous, vous avez été au ciné ? »
-« Oui, la grand mère, elle nous a trainé voir un film, elle avait lu le livre, c’était horrible, c’était ‘jamais sans ma fille’, mais c’était bien quand même, il y a vraiment des pays terribles ! »
se calmer, ne rien dire, jouer la conformité, je viens de parler de Courchevel, ne pas se faire avoir.. ne pas se faire la réputation de la menteuse numéro 1 au top 50… impossible tant pis, non pas dans les escaliers, y a trop de monde, plus tard, sang froid…
-« Ah, je sais pas, si tu dis que c’était bien quand même tant mieux »
-« faut que tu le vois tout le monde va le voir, t’as pas entendu parlé de ce film, mais t’étais dans un autre pays ou quoi, j’rigole ! »
-« OUI !!!j’étais en Iran avec ma mère, l’avion s’est posé à 8H45 ! c’était génial, les gens sont beaux, bons, sincères, généreux, accueillants et vous vous êtes que des petites bourges trop connes ! je suis Iranienne, non, pas italienne ! et fière de l’être, vous savez même pas qui sait Alexandre le Grand, vous savez même pas que c’est en Asie, vous savez même pas qu’ils parlent pas arabe, vous savez même pas qu’ils font du ski, comme vous, que les femmes sont trop belles ! si vous me croyez pas appelé ma mère, je vais vous en faire un exposé, j’attends mes photos avec impatience, et là, c’est la seule chose qui m’interesse !!! laissez moi passer, y ‘a anglais, ça peut toujours servir si un jour vous voyagez ! »
biensur tout le monde était là, profs y compris, l’heure de la reprise des cours dans les escaliers entre le premier et le deuxième étage. C’est bon c’est dit, ça fait du bien, je me sens forte, je me sens libre, maman va être fière de moi, elle va m’aider à faire un super exposé pour le prochain sujet de géo, je suis forte, elles sont nulles, et en plus verte de rage, je suis plus bronzée qu’elles toutes réunies et j’ai été en Iran… c’est génial !
Carole était envahie de ce trop rare sentiment de libération, celui qui fait qu’on devient femme, prête a assumer toutes les tempêtes, tous les refus de ce foutu conformisme. S’imposer pour ce qu’on est vraiment.
CHAPITRE 4
Ce qu’elle prefère : la justice, la douceur, la compassion, la nature, les animaux, les étoiles.
Elle collectionne les étoiles, elle adore les étoiles, sur elle, dans le ciel.
Elle est à la recherche de sa bonne étoile en somme…
Elle voudrait bien s’en faire tatouer une, mais comme elle change souvent d’avis, elle a peur de regretter l’endroit, même si parfois elle dit qu elle est sure.
Se faire graver la bonne étoile, c’est un peu comme croire en un monde meilleur.
La violence, la dépasse, le malheur et l’inégalité la fait fondre en larmes rien qu’a l’idée d’y penser.
Cette fragilité a pourtant était mise a l’ épreuve mais rien ne l’a fit partir !
Lorsqu’elle était petite elle a été en Inde a plusieurs reprises,
Elle avait vu des enfants sans rien, des lépreux, des hommes sans jambes, des choses qui font qu’on est fragile mais qu’on devient fort avec soit et dur avec les autres,
Elle ne supporte pas qu’on se plaigne d’un mal de ventre, elle ne supporte pas qu on puisse avoir un medecin traitant pour des angines, gastro et autres petite choses… d’ailleurs elle n’en a pas, et ne va pas chez le medecin.
Elle est dur et en meme temps hypersensible.
Elle voudrait que tout le monde ait pour de vrai une bonne étoile et que chacune de ces étoiles guident chacun vers un lieu magique ou tous se retrouveraient pour faire un espèce de camp de colo insouciant , gai, sans riche, ni pauvre, ou tout le monde serait bien avec tout le monde.
On partirait tous ensemble au solstice d’été et arriverait tous comme par magie le même jour.
Là bas, on serait tous en colloc, on aurait tout en commun, les enfants des uns seraient les enfants des autres, pas de crainte à avoir, pas de soupçon, que du bon, on serait tous de gentils voisins serviables.
Un camp étoilé pour toute la vie.
A Noel on ferait un arbre géant avec tous ces gens , il y aurait toute la terre, il y aura vraiment que le pere noel d’etranger a notre camp. Ça sera l’unique étranger a accueillir une fois par an car on sera tous chez nous à la colo.
Ca serait plus jamais comme maintenant, à Noel, Carole est triste, elle ne peut s’empêcher de penser aux pauvres gens et enfants qui n’ont rien, c’est degeulasse toute l’année mais là c’est encore plus degeulasse, ces differences ne lui sont pas supportables.
Beaucoup de gens y pense, mais elle c’est pas pareil ça ne l’a quitte pas.
Depuis qu’elle a son petit, elle joue le jeux des cadeaux au pied du sapin le matin au reveil, elle sait que ça ne va durer longtemps.